Comme vous le savez, certains enfants qui ont fréquenté les pensionnats n’en sont jamais revenus. Quant à ceux qui y ont survécu, ils ont été déracinés, brisés et réduits au silence. Les répercussions sont encore bien présentes aujourd’hui.
Bien que plusieurs survivants nous aient quittés — comme ma grand-mère, l’été dernier — leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants vivent encore sur les traces de leurs traumatismes.
La vérité : C’est en 2007 que j’ai appris que ma grand-mère avait souffert pendant les huit années qu’elle a passées au pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery. Elle n’en avait jamais parlé auparavant. Ce fut un choc. Mais aussi le début d’un long cheminement vers la guérison. Parce que oui, moi aussi, mon enfance en a été profondément marquée.
Pour que la vérité soit reconnue, il faut d’abord l’entendre et l’accepter. La reconnaissance des faits est un pas vers la justice, et les survivants des pensionnats, tout comme leurs familles, ont soif de cette justice. Pour l’avoir expérimenté, je crois fondamentalement que c’est par la reconnaissance publique de la vérité que la porte de la réconciliation peut s’ouvrir.
La réconciliation : La réconciliation a d’abord dû se faire au sein de nos propres familles — et c’est encore le cas aujourd’hui pour plusieurs. Ma grand-mère, bien malgré elle, nous a transmis les traumas qu’elle avait elle-même vécus. C’est avec résilience que nous avons traversé beaucoup de souffrances relationnelles et que nous avons cheminé vers la réparation des liens familiaux ainsi que vers le pardon.
Beaucoup de familles autochtones portent encore aujourd’hui le poids de ces souffrances, qui se sont répercutées collectivement. Compte tenu de l’histoire des pensionnats, la réconciliation entre nos peuples est essentielle à la poursuite du chemin vers la guérison. Elle demandera du temps, de l’engagement, de l’écoute. C’est un geste à la fois que nous y arriverons.
En conclusion : Cette journée est importante, car elle symbolise à la fois la reconnaissance de la vérité ainsi que la poursuite d’un parcours de toute une vie vers la réconciliation — et la guérison.
En portant un chandail orange aujourd’hui, vous rendez hommage à la mémoire des enfants qui ne sont jamais rentrés, à celle des survivants, mais aussi à leurs familles. Vous posez un geste de solidarité et, surtout, vous contribuez à faire vivre la vérité.
Kitci Mik8etc — Merci beaucoup !
Isabelle Tremblay, T.S.
Porte-parole du cercle Mikun-Suluk